LASCAUX


LASCAUX
LASCAUX

La découverte de Lascaux fit soudainement entrer l’art dans la préhistoire de l’humanité; c’était en 1940, alors que les recherches préhistoriques nées en France et particulièrement développées dans le Périgord n’étaient pas encore centenaires. La fermeture définitive de la grotte au public survint en 1963; des milliers et des milliers de visiteurs avaient innocemment compromis la sauvegarde de la grotte, ruiné l’idée, erronée, que le patrimoine préhistorique souterrain devait être accessible sans contrainte ni restriction. Cependant, Lascaux n’échappait pas à la connaissance: les minutieux travaux de relevés de l’abbé A. Glory, les recherches dirigées ensuite par André Leroi-Gourhan, les études appliquées à la conservation, le corpus cinématographique splendide réalisé par Mario Ruspoli, enfin la reproduction remarquablement fidèle de la Rotonde et du Diverticule axial (Lascaux II) réalisée par une équipe de peintres et de sculpteurs, M. Peytral en particulier, ouvert en 1985, offrent à chacun la vision et la compréhension de ce qui fut un haut lieu de la spiritualité et de la beauté, voici dix-sept millénaires.

Découverte

La découverte de Lascaux, le 12 septembre 1940, fut tout à fait fortuite comme celle de la plupart des quelque deux cents grottes ornées par les Paléolithiques en France et en Espagne entre 22 000 ans et 10 000 ans avant J.-C., depuis Altamira en 1878 jusqu’à nos jours (une bonne quarantaine depuis 1940); des récits légendaires ont rapidement embelli la trouvaille des jeunes Montignacois, notamment M. Ravidat et J. Marsal (aussitôt confirmée par leur instituteur L. Laval et scientifiquement authentifiée par l’abbé H. Breuil quelques jours après). Les rapports préliminaires de ce dernier ont conduit à un classement rapide de la grotte comme monument historique (27 déc. 1940).

En 1948, la grotte est ouverte au public et fut à plusieurs reprises aménagée pour faciliter les visites. En 1958, une machinerie est installée pour renouveler l’air vicié par la multitude d’estivants qui se pressent dans un très faible volume (1 500 m3).

Études et travaux préliminaires

À la demande de l’abbé H. Breuil, l’abbé A. Glory, son disciple, effectua, de 1952 à 1963, l’analyse et les relevés des peintures et des gravures de la cavité (près de 120 m2 de calques réalisés) qui fut bouleversée: les remplissages et les sols furent défoncés ou abaissés sans étude préalable ni fouille. A. Glory tenta de sauver un maximum d’informations et de témoins archéologiques. Il releva rapidement une quinzaine de coupes, fit des prélèvements de sédiments, de charbons, recueillit du matériel lithique et osseux. En 1960 et en 1961, il put enfin fouiller méthodiquement les remplissages du Puits, et y découvrit parmi d’autres vestiges du Magdalénien un splendide «brûloir» en grès rose: des cendres de conifère et de minuscules brins de genévrier calcinés dans le «fond du cuilleron» témoignent de son utilisation; sur le manche de ce luminaire, un signe gravé, composé d’un trait principal et de tirets latéraux, parfaitement semblable à d’autres signes peints ou gravés sur les parois de la grotte, ainsi qu’à des signes en tirets gravés sur le fût de sagaies en bois de renne trouvées ici et là dans les galeries, autorise le rapprochement chronologique des documents iconographiques mobiliers bien datés et des documents pariétaux.

Conservation

C’est l’abbé Glory qui, le premier, repéra et signala en février 1960 des «taches vertes» sur les représentations de la Rotonde. Trois années plus tard, la grotte était fermée et une «commission d’études scientifiques de sauvegarde» créée. L’objectif était double: enrayer la lèpre dont souffraient les parois et étudier les conditions d’équilibre climatologique du réseau pour assurer sa conservation ; il fut atteint. Les 1 350 foyers de micro-organismes recensés furent détruits en deux années de traitement intensif; les analyses biologiques avaient identifié de nombreuses espèces d’algues, de champignons, de mousses et d’autres cryptogames, apportées par des visiteurs venus du monde entier.

Les modifications excessives de la teneur en gaz carbonique de l’air ainsi que les variations hygrométriques et thermiques de l’interface roche-air entraînées par l’afflux touristique et les dispositifs inadéquats d’aération avaient provoqué la naissance d’une cristallisation pelliculaire du support calcaire: un «voile de calcite» menaçait de recouvrir certaines peintures; l’interdiction des visites en grand nombre, l’installation de sas, le maintien rigoureux d’un équilibre climatique naturel et de la pureté de l’air, contrôlés quotidiennement et régulés par des installations appropriées, ont finalement stoppé la formation de ce voile et sauvé les peintures et les gravures de la grotte.

Décédé accidentellement en 1966, A. Glory n’avait pu publier ses recherches: Lascaux, la plus célèbre des grottes paléolithiques, était aussi la plus méconnue. En 1975, à l’initiative d’Arlette Leroi-Gourhan, une équipe de chercheurs conduite par André Leroi-Gourhan reprenait l’analyse des représentations gravées et l’ensemble de la documentation accumulée par A. Glory: calques, photos, coupes, prélèvements, industrie lithique et osseuse, parure (16 coquilles), faune (133 vestiges, dont 90 p. 100 de renne), macrorestes végétaux, 160 colorants, 35 lampes en calcaire, 9 en silex, 1 en grès; en 1979 paraissait une monographie complète signée par Arlette Leroi-Gourhan, J. Allain et seize autres auteurs, Lascaux inconnu . Quarante ans après sa découverte, la grotte était enfin étudiée, dans toutes ses propriétés, naturelles et archéologiques.

Lascaux étudié

Situation

Lascaux s’ouvre au sommet d’une colline, à un kilomètre au sud de Montignac-sur-Vézère, en Dordogne. Cette localisation topographique est exceptionnelle – car généralement les sites pariétaux paléolithiques sont proches des fonds de vallées et des cours d’eau. Le réseau karstique facilement pénétrable sur 250 m de longueur se développe dans un banc de calcaire détritique coniacien, à proximité de la surface.

Architecture naturelle et dispositif pariétal

Des galeries étroites et basses comme le Passage et le Diverticule des félins alternent avec des galeries plus spacieuses hautes de plafond, tels le Diverticule axial et la Nef, et avec deux salles, la Rotonde et l’Abside.

Cette architecture naturelle remarquablement symétrique fut magnifiquement utilisée par les artistes magdaléniens. Aux séquences linéaires de figures exécutées sur des parois planes subverticales de galeries amples, Nef et fond du Diverticule axial, s’opposent les assemblages issus des structures géologiques circulaires des salles: une symbiose étroite fut ainsi instaurée entre les grands taureaux de la Rotonde et leur support, un bandeau concave couvert de calcites blanches «en chou-fleur», déployé en demi-cercle entre un entablement rocheux sombre et un plafond également impropre à recevoir des représentations. Dans l’Abside, les rondes d’animaux peints mais aussi gravés sont presque complètement bouclées et se superposent du bas des parois au centre du plafond: grands herbivores en bas, taureaux et chevaux, cerfs et biches à mi-hauteur, chevaux au plafond.

Les deux galeries étroites et basses ont été décorées différemment: on y trouve surtout des petites gravures placées sur les deux parois et qui se rejoignent souvent sur le plafond.

Mais le dispositif pariétal le plus remarquable est celui du Diverticule axial, en son début. Pour peindre leurs animaux et leurs signes sur le calcaire concrétionné blanc, les artistes préhistoriques durent ériger un échafaudage: un plancher reposant à bonne hauteur (2 m par endroits) sur des solives calées avec soin dans les parois; des mortaises creusées, enduites d’argile, sont encore parfaitement visibles; le bois de chêne identifié parmi les macrorestes végétaux trouvés dans le Diverticule axial fut probablement le matériau employé. Devenu ainsi accessible sans difficulté, le plafond fut intégré au dispositif comme dans les boyaux bas et étroits: des vaches viennent y converger selon des axes de symétrie en cartes à jouer parfaitement élaborés.

Les thèmes

L’homme sporadiquement représenté sur les parois des cavernes préhistoriques est absent des salles et galeries de Lascaux envahies d’animaux et de signes; mais on le trouve quelques mètres en contrebas, dans le Puits, c’est-à-dire à l’extrémité d’une galerie inférieure qui put servir d’accès aux Paléolithiques. Le chasseur est renversé par le bison qu’il vient de transpercer de sa sagaie; sa tête est étrangement semblable à celle de l’oiseau juché sur un piquet qui est dessiné comme les nombreux signes linéaires à tirets gravés ou peints dans le niveau supérieur; à gauche, trois paires de points, signe identique à celui qui est exécuté en rouge au fond du Diverticule des félins, sont placées sous la queue agitée d’un rhinocéros laineux. Il n’y a guère plus de cinq exemples de composition scénique dans l’art paléolithique européen, qui, soit mobilier soit pariétal, n’est jamais ni narratif ni réaliste (absence de paysage, d’arbres, d’objets, etc.), à la différence de nombreux autres arts rupestres préhistoriques dans le monde. La composition représentée dans le Puits associe donc trois thèmes figuratifs rares, homme-oiseau-rhinocéros, absents du dispositif pariétal supérieur où le bison est peu représenté: 20 individus seulement pour 87 aurochs, 88 cerfs et biches, 35 bouquetins et 355 chevaux. Dans ce bestiaire s’insèrent discrètement trois autres thèmes animaux peu fréquents dans les grottes paléolithiques: sept félins gravés, concentrés dans le Diverticule final du réseau, un renne gravé mal identifiable, dans les enchevêtrements complexes de l’Abside, enfin un ours peint en noir en partie dissimulé dans l’épais contour pectoral noir d’un immense taureau de la Rotonde; il ne manque que le mammouth dans ce cortège d’animaux de Lascaux associés à une foule de signes peints et gravés.

On a dénombré 410 signes, mais leur quantité serait supérieure si l’inventaire des signes peints dans la Rotonde et le Diverticule axial avait pu être vérifié sur place en détail. Les plus fameux, propres à Lascaux, sont les «blasons» ou «damiers» peints en rouge, jaune, noir et gravés, en particulier les deux signes placés sous les sabots postérieurs de la grande vache noire gravée de la Nef. Les signes quadrangulaires, à cloisonnement interne parfois complexe, les signes en grille appartiennent à la même famille de signes géométriques, mieux représentée à Lascaux que dans les grottes magdaléniennes plus récentes. L’autre groupe de signes spécifiques est constitué de signes linéaires à appendices en tirets, tel celui du Puits, ou encore de signes «branchus» ou «ramifiés» comme ceux qui cernent un des «chevaux chinois» du Diverticule axial.

Attribution chrono-culturelle

L’analyse des 403 pièces lithiques comprenant 112 outils en silex, des 28 pièces osseuses dont des sagaies et des aiguilles, recueillies par l’abbé Glory dans une seule couche d’occupation en plusieurs endroits de la grotte, permet de les attribuer à la phase ancienne du Magdalénien, au Magdalénien II selon la subdivision typologique classique de cette ultime civilisation du Paléolithique supérieur en Europe occidentale atlantique. Cette détermination est corroborée par les datations au carbone 14 et par les analyses polliniques qui situent entre 15 240 et 14 150 avant notre ère l’«interstade de Lascaux», c’est-à-dire une oscillation tempérée de la fin de la glaciation würmienne. La correspondance étroite entre les signes pariétaux et mobiliers, l’occupation unique et de courte durée de la grotte telle que l’attestent les fouilles, la cohérence des datations relatives et absolues justifient l’attribution aux Magdaléniens anciens des peintures et des gravures de Lascaux.

L’adjonction d’une troisième oreille sur certains cerfs, d’un second œil sur des profils de chevaux, les diverses expressions graphiques de sabots de chevaux, par exemple, témoignent de reprises, d’ajouts, que rien ne permet de situer en dehors du Magdalénien ancien. En effet, le dispositif pariétal peint et gravé offre une profonde uniformité stylistique et thématique d’un bout à l’autre des galeries et des salles: mêmes ramures de cerfs dans l’Abside, la Rotonde, le Diverticule axial, chevaux gravés identiques à crinières striées touffues dans le Passage du Diverticule des félins, dans la Nef, animés des mêmes mouvements que les chevaux peints du Diverticule axial et de la Rotonde, bisons à queue levée en crosse du Puits, de l’Abside, de la Nef, du Passage, signes quadrangulaires de la Nef, du Diverticule axial, de la Rotonde, signes ramifiés partout, etc.

Un art codé

Gravés ou peints, gravés et colorés, les signes et les animaux de Lascaux rayonnent d’une beauté fragile et mystérieuse venue d’une des plus grandes civilisations qu’ait connues l’Europe. L’étroite union des figures avec leur support rocheux et l’architecture admirable de la grotte donnent au dispositif pariétal de Lascaux une dimension monumentale, une profondeur presque théâtrale, incomparables. En pénétrant dans Lascaux, nul n’échappe à une émotion esthétique intense; il s’agit bien d’art. Mais les signes abondants et variés, leurs liaisons spatiales avec les animaux témoignent de la conception symbolique de cet art.

Rien, hormis la fameuse scène du Puits, n’évoque directement la chasse ni la fécondité, faussement invoquées parfois. L’absence de référence iconographique à la vie quotidienne, l’abondance des signes géométriques intercalés donnent au dispositif de Lascaux, comme à l’art pariétal magdalénien en général, un caractère abstrait, cosmologique en quelque sorte, ainsi que le montrèrent Annette Laming-Emperaire et André Leroi-Gourhan, dépassant largement l’idée réductrice et inexacte d’un «art animalier naturaliste» proposée autrefois.

La répétition de certaines relations entre, par exemple, les signes de type «grille», peints ou gravés, leur position dans le Diverticule axial, la Nef, l’Abside, leur liaison avec certains animaux... dénotent une organisation élaborée du dispositif pariétal de Lascaux, organisation créée par les artistes ou leurs inspirateurs appartenant au groupe ethnique qui dominait la région.

Dans l’art de Lascaux se dissimulent des messages codifiés avec soin par les Magdaléniens venus enfouir dans l’obscurité éternelle de la grotte leur mythologie, leurs croyances et leurs pensées.

Lascaux
(grotte de) refuge souterrain proche de Montignac (Dordogne). Découverte en 1940, cette grotte est ornée de très nombr. peintures et gravures pariétales (magdalénien moyen, env. 13 000 av. J.-C.). Dégradée par l'afflux des touristes, elle fut fermée en 1963 et restaurée. à proximité, une reconstitution est ouverte au public.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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